Plainte contre le Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles
pour violation systématique des lois linguistiques

Usage illégal de l’anglais dans une communication unilingue à destination du public : 48 exemples non exhaustifs, en anglais (sans traduction)
Michel De Grave Bruxelles, le 8 juillet 2026
Boulevard Mettewie, 85 Boite 24
1080 Bruxelles
Mdg.05@outlook.com
Commission Permanente de Contrôle Linguistique
Vaste Commissie voor Taaltoezicht
Rue Montagne du Parc, 4
1000 Bruxelles
Objet : plainte contre le Théâtre Royal de la Monnaie (TRM) pour violation systématique des lois linguistiques
Mesdames et Messieurs, membres de la Commission permanente de contrôle linguistique,
J’ai le regret de devoir porter plainte auprès de votre Commission pour les motifs indiqués ci-dessous, et je vous remercie d’avance de bien vouloir me tenir au courant de la suite que vous voudrez bien lui réserver.
Veuillez agréer Mesdames, Messieurs, l’assurance de ma haute considération.
Michel De Grave
PLAN
- Usage illégal de l’anglais dans la communication unilingue du TRM envers le public : 48 exemples non exhaustifs, en anglais (sans traduction)
- Recevabilité de la plainte
- Violations flagrantes des lois linguistiques par le TRM
- Circonstances aggravantes
Pièces jointes fournies en annexe
A. Usage illégal de l’anglais dans la communication unilingue du TRM envers le public : 48 exemples non exhaustifs, en anglais (sans traduction)
A1) Une première brochure du Théâtre Royal de la Monnaie, présentant la saison 2026-27, comporte
- en couverture (page 1), en grands caractères (3,7 cm de haut), le titre unilingue anglais "WE ARE OPERA",
et en plus petit la mention toujours unilingue "SEASON 2026-27". Suivent les titres ci-dessous, toujours unilingues anglais, sans traduction : - "Catching Butterflies with Bare Hands" (page 25), suivi de
- Commentaires sur Puccini, unilingues anglais, tout au long des pages 25, 26 et 27, et non traduits.
- "There is much more to opera than opera" (page 42),
- "Young opera" (page 66)
- "That’s what Friends are for" (page 67),
- "We can’t do (it) without you" (page 69).
- "Corporate partners" (page 69),
- "Business suppliers" (page 75),
- "Ambassadors" (page 75),
- Suivent deux publicités unilingues en anglais (pages 78 et 79) qui sont dans la brochure diffusée par le TRM, mais qui émanent de sociétés privées (page 80).
A2) Une seconde brochure, de mars 2026, avec couverture brun-rouge récidive avec notamment les titres suivants, tous unilingues anglais.
- "Opera is larger than life, because life itself is larger than the headlines" (page 1)
- "SILENT STORIES: A GRAIN OF LIGHT" (page 3),
- "VIENNA A NEW ERA" (page 5)
- "SONGS BEHIND THE LINES" (page 5),
- "HISPANIC WAVES" (page 23),
- "NEW YEAR’S CONCERT, PARIS" (page 23),
- "SUMMER DELIGHTS" (page 24),
- "BEETHOVEN SYMPHONY 9" (page 24),
- "Songs", seul mot de la page 20, en grands caractères,
- "SILENT STORIES: A GRAIN OF LIGHT" (p. 32),
- "ECHOES ACROSS THE ATLANTIC" (p. 32)
- "A VAGABOND’S DAYDREAM" (page 33),
- "ABOUT LAST NIGHT" (page 34),
- "BEHIND THE LINES" (page 34),
- "PLEASANTLY HAUNTED" (page 35),
- "OUR PEOPLE" (page 35),
- "LOVER LOST" (page 36-,
- "THOUSAND OF MILES" (page 36),
- "CHRISTMAS CAROLS" (p. 37),
- "Troika Dance" en grands caractères (p. 38),
- "Kids, Teens & Families) " en grands caractères (p. 38),
- "OPERA FAMILY DAYS" (page 51),
- "MOZART FOR KIDS" (p. 51),
- "Events & Audience Engagement" en grands caractères (p. 52)
- "YOUNG OPERA NIGHT & EVENTS" (p. 54),
- "YOUNG OPERA NIGHT" (p. 55),
- "INSIDE THE MUSIC" (p. 56),
- "PARTNERSHIPS" (p. 58),
- "KICK-OFF MUSIC SEASON 2026-27" (page 59),
- "HERITAGE DAYS" (p. 59),
- "SAVE THE DATE" (p. 59),
- "SEASON TICKETS" (pp. 65 à 71),
- "WEEK1… WEEK5" (pp. 66-67)
- "LYRICAL" (p. 68),
- "DISCOVERY" (p. 68),
- "YOUNG OPERA NIGHTS" (p. 69),
- "SONGS" (p. 71).
B. Recevabilité de la plainte
Le TRM est un organisme d'intérêt public de catégorie B, tombant dans le champ d'application des lois coordonnées sur l'emploi des langues en matière administrative, notamment l'article 40 des lois coordonnées, visant notamment les "formulaires [mis] à la disposition du public".
La loi s'applique (art. 1, §1, 2°) aux "personnes physiques et morales, concessionnaires d'un service public, ou chargées d'une mission qui dépasse les limites d'une entreprise privée et que la loi ou les pouvoirs publics leur ont confiées dans l'intérêt général'.
N. B. La dotation annuelle directe de l'État fédéral, c’est-à-dire des citoyens, au TRM est d'environ 43 000 000 €, sans compter les aides indirectes (Loterie nationale, tax shelter...).
Le TRM a le statut d'Organisme d'intérêt public de catégorie B, est son CA est régi par un cadre législatif composé principalement des textes ci-après:
- La loi organique du 19 avril 1963, texte fondateur qui crée l’établissement public "Théâtre royal de la Monnaie" et qui lui assigne des missions de service public.
- La loi du 16 juillet 1973 (loi du Pacte culturel) qui prévoit la protection des tendances idéologiques et philosophiques au sein des institutions publiques, ce qui se reflète dans la composition du CA.
- Les administrateurs sont nommés par AR délibéré en Conseil des ministres sur proposition du ministre fédéral ayant la tutelle sur les Institutions culturelles fédérales relevant de ses attributions. Le CA est paritaire, avec un équilibre entre francophones et néerlandophones, visant à garantir les intérêts de ces deux communautés, mais absolument pas pour y promouvoir l’anglais au détriment de la langue de la communauté au sein de laquelle ils ont été désignés.
C. Violations flagrantes des lois linguistiques par le TRM. Pour protéger la langue néerlandaise, le législateur a consacré la "loi du sol", les habitants devant "s’adapter" à la langue administrative de la région, même dans les communes où la population est très majoritairement d’un autre régime linguistique. Des "facilités" limitées sont cependant prévues dans un petit nombre de communes des deux régions les plus peuplées. Dans la région bilingue de Bruxelles, les locuteurs qui ne sont ni néerlandophones ni francophones doivent de même "s’adapter", avec la différence qu’aucun régime de facilité n’y est prévu pour les communications au public, donc pas pour l’anglais. Pourquoi écrire par exemple aux Bruxellois "save the date" en ignorant délibérément leur langue ?
D. Circonstances aggravantes. Même si les circonstances aggravantes ci-dessous ne rentrent pas "directement" dans la mission de la CPCL, il est constant, nécessaire et légitime, lors de toute infraction, de tenir compte d’éventuelles circonstances aggravantes (ou atténuantes).
- Préjudice pour la langue néerlandaise. Les statistiques scolaires montrent que de plus en plus d’élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles choisissent l’anglais plutôt que le néerlandais comme deuxième langue. Dès lors que le CA du TRM privilégie la visibilité de l’anglais en grands caractères par une forme de snobisme social, il contribue à donner l’impression que l’anglais est plus "noble", et que son apprentissage est plus utile que celui du néerlandais. Si les pouvoirs publics, et les organismes publics qui en dépendent, violent les lois au lieu de montrer l’exemple, quelle crédibilité ont-ils encore pour demander aux citoyens de les respecter? Certes, le TRM n’est pas le seul à privilégier l’anglais, mais la CPCL constatera qu’il se profile en pointe dans ce grégarisme, et conviendra que sa complaisance envers l’illégalité a valeur d’exemple, et facilite - sinon encourage implicitement - la "tache d’huile".
- Préjudice pour les élèves francophones. Le TRM contribue ainsi à inciter les parents et les élèves francophones à tourner le dos au néerlandais, alors que le bilinguisme FR-NL sera essentiel plus tard à ces élèves dans certains domaines qui leur seront fermés. Le TRM contribue donc, modestement mais surement, à ce que ces élèves soient aiguillés dans une direction qui leur sera gravement préjudiciable sur le marché de l’emploi.
- La violation des lois linguistiques par le TRM s’accompagne d’une forme de discrimination sociale (société à deux vitesses). L’anglomanie du TRM tend à renforcer l’émergence d’une "upper class" utilisant l’anglais, au moment où le législateur lutte contre les inégalités et les discriminations. En prenant ce contrepied, le TRM, financé par toute la population, s’inscrit dans une vision socialement élitiste, contraire aux valeurs du pays.
- La violation du simple bon sens. Combien de Bruxellois comprennent-ils le sens de "Catching Butterflies with Bare Hands" et autres expressions similaires? Pourquoi proposer Mozart aux "kids" plutôt qu’aux "jeunes"?